"Marie a envie de se rappeler ce que c'est que d'être vivant. Vivante à sa manière. Alors ses mains se posent sur son ventre. D'abord. Celui qui couramment se met à saigner. Puis elle s'effleure les hanches, les épaules, le cou, juste pour se réveiller la peau. Les doigts laissent une petite traînée électrique; rafraîchissante, qui marque chaque instant de peau. Et, c'est délicat de se retrouver en vie.
Dans la nuit, alors que tout dort, alors que tout meurt, se réveiller enfin de la longue et paisible journée. Paisible de torpeur. D'une fatigue ébétée qui ne cède qu'au soir, lors des chevauchées du sommeil. Alors elle se sent éveillé, quand, lâchant prise, elle se tient debout au milieu des murs, dans le cadrage immobile de la pièce. Nette, droite, impassible. A se faire frissonner la peau. A s'entendre presque ronronner. Et puis elle va mettre sa robe de chambre. Mais avant, comme à l'habitude, elle veut se voir nue.
[...]
Elle, ce corps. La peau a l'air bleu, mais c'est l'écaille de la nuit. C'est le reflet de la lune sur le gazon au dehors. C'est les étoiles qui font que l'on est tous aussi perdus dans la nuit. Et de ce corps bleu, elle sent, les voit aussi, des mains qui courent. Aussi sourde qu'elle. Mais vibrionantes. Il y a dans la glace, dans la silice, un corps. Cette arme muette qu'elle se dissimule tout le jour. Quelques taches, des grains de beautés, sans doute. Une jambe. Une autre. Et puis un ventre, une poitrine. Elle pensent « des poitrines » mais il ne faut pas que Ça se sache. Et puis cette gorge lisse et
pulpeuse de sang. Une armure nocturne en somme que ce corps, qui se révèle au soir, quand l'âme retrouve le berceau du coprs. Quand on se laisse mourir un petit peu, dans un lit.
Captivé par tout ça. Chaque soir la renaissance. La découverte encore de cette forme. Ce ventre légerement galbé, plein de vie.
Et puis ces jambes qui légerment arqué, d'une pâle tendresse frétille sous le poids. Le poids des pieds ou de tout le reste; elles frétillent et c'est à peu près tout. Les pieds tout groguis d'une marche forcée dans ces mocassins douloureux. L'esclavage du pied.
Tout autant que ces deux petits seins. Ils ont l'air doux, elle le sait du bout de ses doigts. Rond et délicieusement délicat. Prisonniers, émergeant. Comme de ces joues, ou ces yeux indécis qui se fonde dans le rien de la nuit. Ton sur ton. Bleu sur nuit. Et puis quand elle aperçoit ses yeux, toujours c'est la fin. Comme marqué. "
dimanche 11 novembre 2007
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